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mardi 21 juin 2011

Tahar Djaout, Le Dernier Été de la raison


Le dernier été est le dernier livre, inachevé et posthume, de Tahar Djaout. Mais même dans cet état d'inachèvement, c'est le livre d'un véritable écrivain, et peu tendre avec la montée islamique. (Dans le livre, ils ont déjà pris le pouvoir – à un point qui semble dépasser la situation existant en 93, quoique…) Le héro est un homme vieillissant, libraire de son état et libre penseur, autour duquel le système se referme et dont les seuls « interlocuteurs » sont les livres, qu’il en vient à haïr eux aussi à l’occasion[1], sans la moindre lueur d’espoir à l’horizon. Outre les menaces qui pèsent sur les livres (sa passion mais aussi sa seule source de revenus), il y a aussi la rupture du héros avec ses enfants, tous deux gagnés, ainsi que leur mère[2], à la cause. « Le printemps reviendra-t-il? » se demande le narrateur à la fin du livre.

Le narrateur aura-t-il tenu assez longtemps pour que le printemps revienne – et d’ailleurs, le printemps est-il vraiment revenu en Algérie?-- nous ne le saurons évidemment pas mais pour Djaout, « le dernier été » sera celui de 92, puisqu’il est assassiné par le FIS le 26 mai 1993, avant d’avoir pu reprendre son livre, qu’il avait laissé de côté pour se tourner vers des travaux à teneur plus politique, fondant en 1993 le journal Ruptures. Dans ces conditions, ce n’est pas sans un frisson (ou une larme) et sans admiration pour le courage de celui qui savait ce qui l’attendait que l’on lira le titre du dernier chapitre : « La mort fait-elle du bruit en s’avançant? [3] »

mercredi 1 juin 2011

Le texte ligoteur


Dans Le Dernier Été de la raison de Tahar Djaout (http://fr.wikipedia.org/wiki/Tahar_Djaout) sur lequel je reviendrai, un texte saisissant sur la langue arabe :
« Boualem aime beaucoup les textes arabes à la ponc­tuation lâche, textes ignorant les guillemets et où toutes les voix dialoguent et se mélangent. Longues spirales discursives. Abstraction des lettres incurvées en une vraie géométrie de bas-relief. Langue elle-même abs­traite en dépit de la charge des mots et de leurs sono­rités à réveiller la mémoire embourbée. Il faut être constamment sur ses gardes pour, lecteur vigilant, réta­blir les lignes du sens, borner le territoire des phrases, dessouder les paragraphes lovés. La lecture est chaque fois une aventure, des avancées incertaines, des allées et venues tortueuses pour débusquer le visage des mots, leur redonner une fonction, les établir dans leur rôle de locomotive ou de wagon. Lecture hésitante, prudente, où l'on essaie de se garder des chemins dévoyeurs ou dispersants.