mardi 7 juin 2011

Les crevettes d'Eulalie

Entre autres défauts (qualités?), Eulalie est paresseuse. Sa seule véritable ambition serait de vivre comme une plante, se laisser pousser, se laisser dormir, laisser ses yeux et ses oreilles s’ouvrir, ses jambes se délier, quand ils le désirent, laisser son cerveau penser à ce qu’il veut, sans trop y faire attention. (Quand la nécessité survient toutefois – quand on lui lance la balle –, Eulalie se réveille et fait ce qu’elle a à faire… Parfois aussi, c’est l’angoisse qui la pousse mais ça ne pousse pas très fort, l’angoisse. On le sait tous, la peur ça paralyse.)

Tout ça pour dire qu’Eulalie a bien de la peine à faire son ménage (heureusement qu’il y a Roomba!) ainsi qu’à préparer ses repas. Pourtant il faut manger (il lui arrive d’avoir faim…) et en plus, la coquine se paye le luxe d’être difficile. Foin de ces repas congelés qui sont parfois bons une fois (quoique le goût moyen ne soit pas le goût de tous) mais qui à la deuxième et surtout à la troisième fois deviennent si lassants… Elle préfère manger un quignon de pain (parfois aux noix, parfois au levain, ou les deux) avec un morceau de fromage ou une tranche de saucisson. Une feuille de salade, un V8 (sans « sodium », c'est-à-dire, pour le dire simplement, sans sel), un demi-fruit, un rouge-perrier (eh oui! Eulalie n’a pas peur de boire son rouge avec du perrier : ça endort moins et ça fait des bulles!) ou un rosé-perrier ou même un blanc-cassis-perrier, voilà ses menus les plus courants. Avec les restes – car Eulalie fait quand-même à manger de temps en temps, pour un mari, pour une fille, pour des amis. Et quand il y en a, elle conserve les restes dans de petits bacs, qu’elle met au congélateur. Ainsi peut-elle de temps en temps agrémenter l’ordinaire d’une petite part de gratin dauphinois, d’osso bucco ou d’omelette aux champignons, remplacer le saucisson par de fines tranches de roastbeef (le couper encore un peu gelé, c’est plus facile), voire ajouter une part de gâteau ou une cuillerée de sorbet.

mercredi 1 juin 2011

Le texte ligoteur


Dans Le Dernier Été de la raison de Tahar Djaout (http://fr.wikipedia.org/wiki/Tahar_Djaout) sur lequel je reviendrai, un texte saisissant sur la langue arabe :
« Boualem aime beaucoup les textes arabes à la ponc­tuation lâche, textes ignorant les guillemets et où toutes les voix dialoguent et se mélangent. Longues spirales discursives. Abstraction des lettres incurvées en une vraie géométrie de bas-relief. Langue elle-même abs­traite en dépit de la charge des mots et de leurs sono­rités à réveiller la mémoire embourbée. Il faut être constamment sur ses gardes pour, lecteur vigilant, réta­blir les lignes du sens, borner le territoire des phrases, dessouder les paragraphes lovés. La lecture est chaque fois une aventure, des avancées incertaines, des allées et venues tortueuses pour débusquer le visage des mots, leur redonner une fonction, les établir dans leur rôle de locomotive ou de wagon. Lecture hésitante, prudente, où l'on essaie de se garder des chemins dévoyeurs ou dispersants.

dimanche 29 mai 2011

Hommage à Bashô (le Bananier)



Dans un monde flottant...

La grenouille fend le temps
et l’espace   
Ploc : que la lumière soit!

vendredi 27 mai 2011

Message à Cécile


Ah ben non! Eulalie n'a pas donné les références du livre sur Bashô qui lui sert de livre de chevet depuis des mois. Alors voici...

Bashô, maître de Haïku, de Hervé Collet et Cheng Wing Fun (Inédit, Spiritualités vivantes, Albin Michel, 2011)

Quelques mots sur Bashô, poête japonais du XVIIe (notez bien XVIIe, et ça fait longtemps que je n’ai pas lu quelque chose d’une modernité aussi fulgurante)... Après avoir quitté son poste de samouraï après la mort soudaine de son ami et « patron », et avoir étudié la poésie à Kyoto, puis à Edo (aujourd’hui Tokyo), Bashô (Le bananier... pour en savoir plus lire le livre...) a parcouru le Japon à pied en écrivant son journal et en publiant plusieurs recueils de poésie.

mercredi 18 mai 2011

Ambivalence de Klerkò



Entendant la sonnette,
Il va falloir tenir debout,
Me suis-je dit in petto – Salut!

Refermant la porte,
enfin dormir murmurai-je
–  Mais sa gaîté!